L'histoire de l'Italie
L'histoire de l'Italie antique s'est progressivement confondue avec celle
de Rome jusqu'à la chute de l'empire d'Occident en 476. Ce fut un Germain
au service de Rome, Odoacre, qui mit fin à cet empire, et inaugura ainsi
ce qu'on convient d'appeler le Moyen Age, en Italie, mais aussi dans tout
le reste de l'Europe.
Le Haut Moyen âge italien.
Peu de temps après la déposition de Romulus Augustule, le dernier empereur
romain d'occident, l'Italie fut envahie par les Ostrogoths. Ils y
établirent un royaume qui dura de 493 à 553. Les Lombards y arrivèrent en
568, y fondèrent aussi un royaume dans la partie septentrionale, qui a
retenu d'eux le nom de Lombardie, et y créèrent les duchés de Frioul, de
Spolète et de Bénévent. L'empire d'Orient était resté en possession de
l'exarchat de Ravenne, de la Pentapole, du duché de Rome et de la majeure
partie du Sud de la péninsule. Mais la tyrannie des exarques et les
attentats de la secte grecque des iconoclastes aux croyances catholiques
déterminèrent le duché de Rome à se placer sous l'autorité temporelle du
pape, en 730. Après s'être emparés de l'exarchat et de la Pentapole, en
752, les Lombards, qui étaient ariens, menacèrent Rome. Pepin le Bref, roi
de France, accourut au secours du saint-siège, conquit l'exarchat et la
Pentapole, et en fit don à l'Eglise romaine, en 755.
Charlemagne détruisit le royaume des Lombards en 774, et y substitua le
royaume d'Italie, qui eut pour rois Pepin, fils de Charlemagne, 781-810;
Bernard fils de Pepin, 812-818; Lothaire Ier, empereur, 820-844; Louis
Il, empereur, 844-875; Charles II, le Chauve, empereur, 875- 877;
Carloman-877-880; Charles le Gros, empereur, 880-888; Bérenger, empereur,
885-889; Gui, duc de Spolète et empereur, 889-894; Lambert, empereur,
894-898; Bérenger, empereur, une deuxième fois, 898-900; Louis III,
empereur, 900-902; Bérenger, une troisième fois, 902-924; Rodolphe, roi de
la Bourgogne transjurane, 924-926; Hugues, roi de Provence, 926-945;
Lothaire, fils de Hugues, 945-950; Bérenger II, petit-fils de l'empereur
Bérenger par sa mère, avec son fils Adalbert, 950-961. Othon le Grand, roi
de Germanie, fit déposer le père et le fils, et se fit couronner roi
d'ltalie à Milan, en 961. Il fut sacré empereur en 962, et le royaume
d'ltalie fut ainsi réuni à l'empire d'Allemagne. La pensée d'assujettir
l'Italie entière à la domination allemande devint la prétention constante
des souverains de la Germanie. La papauté, qui fut la gardienne de
l'indépendance italienne, ne parvint qu'après une longue lutte à faire
échouer cette prétention.
Tyrannisés par la turbulence factieuse de la noblesse romaine, qui
exhumait des idées républicaines pour les exploiter à son profit, les
papes ne purent exercer aucune action sur le mouvement de résistance
nationale aux empereurs de la maison de Saxe. Ceux de la maison de
Franconie ne délivrèrent le Saint-siège de cette oppression que pour le
placer sous leur dépendance. Henri III s'arrogea le droit de soumettre
l'élection des papes au consentement impérial. Mais un nouvel Etat, que
quelques chevaliers normands, arrivés dans la Pouille en 1010, fondèrent
sur les derniers débris de la puissance des Lombards et de l'empire
d'Orient dans le midi de l'Italie et dans la Sicile, fut constitué en
royaume des Deux-Siciles, comme fief du saint-siège, en 1130. L'un des
fondateurs de cet Etat, Robert Guiscard, fut, contre les attentats de
l'empereur Henri IV, l'appui de saint Grégoire VII, qui travailla
efficacement à affranchir l'Église des usurpations du pouvoir temporel, et
à placer la papauté à la tête du mouvement social en Italie et dans toute
la chrétienté.
Guelfes et Gibelins.
Les États Pontificaux s'accrûrent, en 1053, du duché de Bénévent, et deux
donations faites en 1077 et 1102 par la comtesse Mathilde, souveraine de
la Toscane, y ajoutèrent la majeure partie de ce que l'on a appelé le
Patrimoine de Saint-Pierre. Les villes de l'Italie septentrionale et
centrale s'étaient érigées en républiques indépendantes, lorsque la maison
de Hoheustaufen, parvenue au trône impérial en 1138, entreprit d'imposer
son joug à l'Italie entière. Ces républiques se partagèrent entre les
partisans de la domination étrangère, appelés Gibelins, et les défenseurs
de l'indépendance nationale, nommés Guelfes. La guerre civile entre les
deux partis mit l'Italie à feu et à sang du milieu du XIIe siècle à la fin
du XIIIe, et se prolongea jusqu'à la fin du XVe. La papauté soutint de sa
haute influence le parti guelfe. Ni la barbare destruction de Milan par
l'empereur Frédéric Ier en 1158, ni la possession du rovaume des
Deux-Siciles, que l'empereur Henri VI, qui en avait épousé l'héritière,
acquit en 1194, ni les efforts de Frédéric II pour atteindre le but de la
politique ambitieuse de sa famille ne purent triompher de la résistance
italienne.
La victoire demeura, en 1266, à la cause nationale et à la papauté contre
la maison de Hohenstaufen. La maison française d'Anjou fut alors appelée
par le Saint-siège à régner sur le royaume des Deux-Siciles, qui se
divisa, en 1282, en deux royaumes, possédés par deux maisons rivales,
celui de Naples par la maison d'Anjou, et celui de la Sicile par la maison
d'Aragon. Charles VIII et Louis XII, rois de France. disputèrent
vainement, le premier en 1495, le second en 1501, le royaume de Naples à
la maison d'Aragon. Les deux royaumes furent réunis en 1503 à la monarchie
espagnole, qui les conserva, sous la maison de Bourbon, jusqu'en 1713, où
le royaume de Naples passa à la maison de Habsbourg-Autriche. Le royaume
des Deux-Siciles redevint indépendant en 1736 sous le sceptre de Charles
IV, fils de Philippe V, roi d'Espagne. Les agitations qui troublaient
Rome, comme toute l'Italie au commencement du XIVe siècle, déterminèrent
Clément V, élu pape en 1305, à transférer la résidence du Saint-siège en
Avignon en 1309.
De la Renaissance à la fin du XIIIe siècle.
L'Etat pontifical et la Péninsule entière se ressentirent considérablement
de la longue absence du Saint-siège, qui ne fut rétabli à Rome qu'en 1377.
Le grand schisme d'Occident, 1378-1417, ne permit à l'Etat pontifical de
se reconstituer complètement qu'au XVIe siècle. Bologne y fut réunie en
1513, et le duché d'Urbin en 1636. En Toscane, Pise, après avoir été une
république rivale de Gênes et de Venise, succomba en 1509 sous la
supériorité de Florence, et Cosme Ier de Médicis devint en 1569 premier
grand-duc de Toscane. La maison de Lorraine succéda dans cet Etat à celle
des Médicis en 1737. La république de Venise termina en 1581 une lutte de
130 ans avec celle de Gênes et fut une riche et grande puissance maritime
jusqu'au commencement du XVIIIe siècle, où les Turcs achevèrent. de la
dépouiller de ses plus importantes possessions dans la Méditerranée. La
république de Gênes, sortie triomphante, en 1290, d'une guerre avec Pise,
se tira moins avantageusement., en 1381, de sa lutte avec Venise pour la
prépondérance en Orient, où les Turcs consommèrent ensuite la ruine de son
influence.
Les dissensions intestines d'ailleurs furent chez elle un obstacle
continuel à l'établissement d'un gouvernement stable. Le Milanais, érigé
en duché en 1395, passa en 1447de la famille Visconti à la famille Sforza,
à Iaquelle Louis XII, roi de France, petit-fils de Valentine Visconti, en
disputa la possession sans en pouvoir rester maître. Charles-Quint le
réunit à l'Empire en 1535, et le donna à son fils Philippe, plus tard roi
d'Espagne. Mais l'empereur Joseph Ier le reprit à cette puissance en 1706.
Le duché de Parme-et-Plaisance, que le pape Jules II avait acquis au
Saint-siège en 1512, dans sa lutte pour chasser les étrangers de l'ltalie,
fut érigé en 1545 par Paul III, et appartint à la famille Farnèse jusqu'à
son extinction en 1731. Elisabeth Farnèse, femme de Philippe V, roi
d'Espagne, l'obtint alors pour son fils don Carlos, malgré les
protestations du Saint-siège. Il fut cédé à l'Autriche en 1757 et rendu à
la maison de Bourbon en 1748.
L'époque napoléonienne.
Le Piémont, possédé depuis le XIIIe siècle par la maison de Savoie, devint
le centre du royaume de Sardaigne, fondé en 1720 par Victor-Amédée II, duc
de Savoie, qui échangea avec l'Autriche la Sicile contre la Sardaigne. Le
Milanais, envahi en 1796 par les Français, dans les guerres de leur
révolution, fut enlevé à l'Autriche et fit successivement partie de la
république Transpadane, de la république Cisalpine et de la république
Italienne. Il devint en 1805 le noyau du royaume d'Italie, fondé par
Napoléon Ier. Ce royaume. s'accrut, au traité de Presbourg (auj.
Bratislava, en Slovaquie), des possessions vénitiennes qui, conquises
aussi par les Français, avaient été données à l'Autriche en 1797, d'une
partie du territoire pontifical en 1808, et du Tyrol italien en 1810. Il
comprit ainsi 24 départements. Le roi de Sardaigne perdit, de, 1792 à
1798, tous ses Etats continentaux, qui furent réunis à la France. Le duc
de Parme-et-Plaisance fut aussi cédé à la France en 1801, et le duc de
Parme reçut en échange la Toscane, érigée en royaume d'Etrutrie. Ce
royaume fut annexé à l'empire français en 1808. Lucques, unie à Piombino,
forma en 1805 une principauté que Napoléon Ier donna à sa soeur Elisa.
Gênes fut érigée en république Ligurienne en 1797, et réunie à l'empire
français en 1805.
Les Etats Pontificaux furent transformés en république Romaine en 1798, et
rendus au saint-siège en 1800. Mais Napoléon Ier en détacha Bénévent et
Ponte-Corvo en 1806, et incorpora au royaume d'Italie, en 1808, la marche
d'Ancône, le duché d'Urbin et tout le territoire à l'Est de l'Apennin. Le
reste des Etats Pontificaux fut réuni à l'empire français en 1809. La
république Parthénopéenne, établie à Naples par les Français en 1799.
n'eut qu'une existence éphémère. Mais Napoléon plaça en 1806 son frère
Joseph sur le trône de Naples, qu'il donna ensuite en 1808 à son
beau-frère Joachim Murat. Le roi Ferdinand Ier, réfugié en Sicile, ne
régna plus que sur cette île de 1806à 1815. Les événements de 1814
rendirent au Saint-siège ses Etats. Le royaume de Sardaigne s'accrut du
pays de Gênes. L'Autriche rentra en possession du Milanais, qui, avec
Venise, forma le royaume Lombard-Vénitien. La Toscane retourna à la
branche de la maison de Lorraine-Habsbourg à laquelle elle appartenait, et
la branche de cette maison qui avait succédé à la famille d'Este en 1797
dans le duché de Modène fut réintégrée dans cet Etat. Le duché de
Parme-et-Plaisance fut donné à l'archiduchesse Marie-Louise, qui avait
épousé Napoléon. L'héritier des ducs de Parme de la maison de Bourbon
reçut le duché de Lucques, et entra dans le duché de Parme à la mort de
Marie-Louise en1847. Joachim Murat conserva le royaume de Naples jusqu'en
1815, où il fut rendu à la maison de Bourbon. Sauf la Savoie et Rome,
toute la Péninsule est soumise à l'influence autrichienne.
Le temps de l'unité.
Alors commencent les révoltes. Sous l'influence des idées libérales venues
de France, les Italiens luttent pour l'indépendance et l'unité. Des
mouvements éclatent en Piémont et à Naples, où Ferdinand est forcé
d'accorder une constitution dès 1821. Les insurgés sont vaincus à Novare
et à Rieti, et une réaction sanglante s'ensuit. Elle n'empêche pas de
nouveaux soulèvements dans les Romagnes, qui amènent l'occupation
temporaire d'Ancône par la France (1832-1838), puis, sous l'influence de
la Jeune Italie, fondée par Mazzini, et qui a absorbé en elle la plupart
des sociétés secrètes libérales, les insurrections de Rimini (1843) et de
la Calabre (1846). La révolution française de 1848ébranla fortement
l'Italie. Pie IX doit se retirer à Gaëte, et la république fut proclamée
à Rome en février 1849. Mais l'autorité pontificale y fut rétablie en
juillet suivant par les armes de la France. Le roi Ferdinand II réprima le
mouvement révolutionnaire à Naples et dans la Sicile, qui s'était déclarée
indépendante. Le royaume Lombard-Vénitien, dont Charles-Albert, roi de
Sardaigne, avait soutenu l'insurrection contre la domination de
l'Autriche, en 1848, fut replacé sous le sceptre de cette puissance,
victorieuse de l'armée sarde à Novare en 1849. Vaincu, il abdique,
laissant à son fils, Victor-Emmanuel Ier, le soin de continuer l'oeuvre.
Ce prince, aidé de Cavour et de Garibaldi, y parvient. Des réformes bien
comprises donnent au Piémont de bonnes finances et une bonne armée, qui
permet, par son courage en Crimée, de poser la question italienne au
Congrès de Paris.
La guerre qui éclata en 1859 entre l'Autriche et le royaume de Sardaigne,
soutenu par l'empereur des Français, fut suivie des modifications
territoriales : conquête de la Lombardie (1859); annexion en 1860 de
l'Italie centrale, de Naples et de la Sicile, à la suite de l'expédition
des Mille, conduite par Garibaldi. Pendant les années 1860et 1861, la
politique ambitieuse de la Sardaigne continua de vier à l'établissement
de sa domination dans l'Italie entière, sur les ruines des diverses
nationalités italiennes, distinctes d'origine et de moeurs, et le roi
Victor-Emmanuel se fit décerner, par le parlement siégeant à Turin, en
1861, le titre de roi d'Italie, tandis que Rome et le Patrimoine de
Saint-Pierre restaient occupés par les Français sous prétexte de protéger
le Saint-siège.
Les populations des provinces continentales du roi des Deux-Siciles
opposèrent, les armes à la main, en 1861, 1862 et 1865, une vive
résistance aux envahisseurs. Opérées par la défection payée et par la
trahison achetée, comme l'aveu en a été fait dans la chambre des députés à
Turin, les annexions par lesquelles on s'est efforcé d'établir l'unité du
nouveau royaume d'Italie n'ont pas été l'oeuvre de la majorité des
populations de la Péninsule, mais celle des sociétés secrètes et de
l'ambition sarde. Ces annexions, en dépit d'une apparence mensongère de
suffrage universel, ont soulevé toutes les antipathies. Le gouvernement de
Turin a été obligé de recourir aux emprunts les plus onéreux pour faire
face aux dépenses de la guerre civile provoquée par ses insatiables
convoitises. Il s'est emparé de la plupart des couvents, a poursuivi de
ses persécutions le clergé catholique, et emprisonné ou exilé les évêques.
Après s'être servi de Garibaldi, bras de ce parti, dont Mazzini est la
tête, pour mettre la main, en 1860, sur le royaume des Deux-Siciles, la
politique sarde a été forcée de recourir à la force des armes contre le
héros révolutionnaire. Il avait parcouru la Sicile en triomphateur,
lorsque, traversant le détroit, il débarqua en Calabre avec 2500 hommes
aux cris de Rome ou la mort! Arrêté dans sa marche, Garibaldi fut blessé
et fait prisonnier à Aspromonte, près de Reggio, en 1862.
La Vénétie acquise en 1866, à la suite de l'alliance prussienne et malgré
les défaites de Custozza et de Lissa. La guerre franco-allemande et la
chute de l'Empire français (1870), hâtèrent la solution attendue depuis
longtemps : Rome fut annexée au royaume, ce qui mit fin au pouvoir
temporel des papes, et l'unité italienne fut proclamée. Après la mort de
Victor-Emmanuel (1878), son successeur, Umberto (Humbert) Ier, orienta la
politique extérieure italienne vers l'alliance austro-allemande et
gouverna constitutionnellement à l'intérieur. Mais les tentatives de
colonisation dans l'Afrique orientale (Erythrée) amenèrent, sous le
gouvernement de Francesco Crispi, une guerre malheureuse avec l'Abyssinie
qui se termina par le désastre d'Adoua (1896). Après l'assassinat de
Humbert Ier, en 1900, son fils Victor-Emmanuel lll lui succéda.
De 1900 à 1960.
La figure dominante pendant la première partie du règne de Victor-Emmanuel
III a été Giovanni Giolitti, premier ministre de 1903 à 1914. Sous son
gouvernement, des réformes telles que la nationalisation des chemins de
fer, la mise en place d'assurances sociales ou encore l'établissement du
suffrage universel masculin. A l'extérieur, l'Italie de Giolitti a
poursuivi la politique de Crispi de construction d'un empire colonial avec
l'annexion de la Tripolitaine, de la Cyrénaïque puis du Dodécanèse, qui
ont entraîné un conflit avec l'empire ottoman en 1911 et 1912. (En 1912,
le traité de Lausanne, accordant l'autonomie à la Libye placera de fait ce
pays sous la domination italienne).
Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, l'Italie,
conformément à la position de Giolitti, tente de rester neutre. Mais cette
neutralité est combattue par des interventionnistes tels que Gabrielle
d'Annunzio et Benito Mussolini, qui finissent par l'emporter et par
entraîner l'Italie dans le conflit aux côtés des Alliés après que ceux-ci
eurent fait des promesses territoriales (23 mai 1915). A l'issue de la
guerre, et malgré plusieurs revers sur le terrain des opérations, l'Italie
obtiendra effectivement, par son choix d'alliance, le Sud du Tyrol,
Trieste, l'Istrie, une partie de la Carniole, et plusieurs îles de la côte
dalmate. Mais ceux qui avaient poussé à l'entrée en guerre ne s'en
satisfont pas. Un groupe de nationalistes conduits par d'Annunzio s'empare
de Fiume (1919) qui deviendra ville libre l'année suivante, tandis que
s'organisent les premiers Faisceaux de combat, autrement dit la milice
fasciste sur laquelle Mussolini va s'appuyer pour accéder au pouvoir.
A la crise politique s'ajoute aussi la crise économique. Giolitti, revenu
aux affaires entre mai 1920 et juin 1921, se trouve confronté à une
inflation et à une crise financière impossibles à contrôler. La grève
générale, déclenchée en 1920 à Milan et à Turin fournit l'occasion des
premiers affrontements entre les socialistes et les fascistes. Ces
derniers, qui bénéficient de la sympathie des industriels et de l'Armée,
commencent à installer un régime de terreur (intimidations, chantages,
violences, assassinats, etc.). Ils se constitueront en parti politique (le
parti national fasciste) en 1921. En octobre 1922, Mussolini marche sur
Rome à la tête de ses partisans, les Chemises noires, et obtient de se
faire nommer premier ministre. Le parlement l'investira à partir de 1924
des pleins pouvoirs, consacrant sa dictature. Une répression brutale
s'abat sur tous les opposants au fascisme : les socialistes, les
communistes, les francs-maçons, etc. L'économie est réorganisée sous forme
de coopératives (Charte du travail de 1927) contrôlées par le parti
fasciste son syndicat et sa milice.
Dans les années 1930, Mussolini sera le seul maître de l'Italie et
commencera à assister à l'émergence, puis à l'arrivée au pouvoir dans
d'autres pays européens de partis analogues au sien. Hitler et le parti
national-socialiste (nazi) gouverne l'Allemagne à partir de 1933. La
guerre d'Espagne, qui commence en 1936, lui donne l'occasion d'aider
militairement les troupes franquistes, et de contribuer ainsi à
l'avènement d'un autre régime à caractère fasciste, à partir de 1939.
Entre-temps, l'Italie mussolinienne aura aussi relancé une guerre en
Abyssinie (1935), annexée en 1936, et une autre en Albanie (1938), annexée
en 1939. L'Italie, engagée par une entente avec Berlin depuis 1936,
entrera ensuite naturellement dans la Seconde Guerre mondiale, aux côtés
de l'Allemagne, d'abord en Europe et en Afrique, en juin 1940. La guerre
à l'Union soviétique et aux États-Unis sera déclarée en 1941.
Le débarquement des Alliés en Sicile a suffisamment affaibli le régime
fasciste pour que le roi Victor-Emmanuel III puisse démettre en juillet
1943Mussolini de ses fonctions, l'emprisonner et dissoudre son parti. En
septembre, l'Italie se rend sans conditions aux Alliés, et entre en guerre
avec eux contre l'Allemagne. Mussolini, qui a pu s'enfuir forme alors au
Nord de l'Italie un éphémère État fasciste, la République de Salo. Il sera
capturé et fusillé par des résistants italiens en avril 1945, puis son
cadavre exposé, pendu par les pieds, en compagnie de celui de sa maîtresse
Clara Petacci.
Un référendum, tenu en 1946, a conduit au remplacement de la monarchie par
une république. Le roi Humbert II, qui avait très brièvement succédé à
son père Victor-Emmanuel III après son abdication, doit s'exiler. L'année
suivante, l'Italie vaincue est forcée de renoncer à divers territoires
conquis avant la Guerre, le Dodécanèse revient à la Grèce, l'Istrie et
certaines îles dalmates à la Yougoslavie. La Libye, l'Erythrée et la
Somalie italienne sont également perdues. En 1948, une nouvelle
constitution est adoptée, et les élections révèlent trois partis
principaux, le PCI (communiste), le PSI (socialiste) et le parti de
centre-droit de la Démocratie Chrétienne d'Alcide De Gasperi (mort en
1954), qui, majoritaire, va durablement dominer la vie politique
intérieure. La politique extérieure, quant à elle va être marquée, dans
les années 1950 par l'insertion progressive du pays dans les institutions
internationales formées après la Guerre : l'Italie adhère en 1949 à l'OTAN
et, en 1951 à la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier; en
1955, elle est membre de l'ONU et, en 1957, devient, par le Traité de
Rome, l'un des six membres fondateurs de la CEE (Communauté économique
européenne), ancêtre de l'actuelle Union européenne.
Depuis 1960.
Depuis l'instauration de la République, l'Italie a presque toujours connu
une grande instabilité politique. Les gouvernements devaient vivre au
rythme des soubresaut que connaissaient les courants à l'intérieur même de
la Démocratie-Chrétienne (DC), ou ses alliances avec les partis de droite
(monarchiste) et d'extrême droite, tels le MSI (Mouvemment social italien,
néo-fasciste), ont rapidement conduit à une recherche de rapprochement
avec un centre gauche en cours de constitution, à partir de la fraction
social-démocrate détachée du PSI (Parti socialiste italien). Une première
coalition des Démocrates-Chrétiens et des Socio-Démocrates voit
finalement, mais brièvement, le jour en 1962, dirigée par Amintore
Fanfani; entre 1963, Aldo Moro, conduit une seconde coalition de ce type,
à laquelle participe cette fois aussi le PSI. Le parti communiste reste
exclu, malgré une perspective de rapprochement dans les années 1970 (le
Compromis historique), après que celui-ci ait rompu avec Moscou.
Bien que tout aussi instables que les précédents, les gouvernements se
succèdent ainsi pendant une vingtaine d'années, pendant lesquelles le pays
à toutes sortes de troubles sociaux, ainsi qu'à l'émergence d'un
terrorisme, à la fois d'extrême droite, fomenté par les néo-fascistes qui
ont noyauté les services secrets, et dont l'attentat le plus meurtrier, en
1980, fera 84 victimes à la gare de Bologne, et d'extrême gauche, avec les
Brigades Rouges, qui enlèvent et assassinent l'ancien président du conseil
Aldo Moro en 1978. Cette période de violence correspond à ce que l'on a
appelé les Années de plomb. En 1983, pour la première fois, la
Démocratie-Chrétienne, sanctionnée pour son immobilisme et la montée de la
corruption, et éclaboussée par un scandale né de la découverte de
l'existence d'une société secrète d'extrême droite, la loge P2, très
agissante dans l'ombre, doit céder la place à un président de Conseil
socialiste, Bettino Craxi. Celui-ci reste aux affaire pendants quatre ans,
mais le jeu des coalitions instables n'a toujours pas cessé. On retrouve
ainsi sporadiquement le Démocrate-Chrétien Giulio Andreotti reprendre la
tête du Cabinet (Entre 1972 et 1992, il aura occupé ce poste sept fois).
La chute de la Démocratie-Chrétienne en 1992 a redonné le pouvoir à des
socialistes (socio-démocrates), à commencer par Giuliano Amato. Pendant
cette décennie, on assiste aussi à l'action de juges milanais qui se
lancent dans la lutte anti-corruption, c'est l'opération Mains propres
(Mani pulite), dont la figure emblématique est le juge Antonio di Pietro,
et la victime la plus connue, l'ancien chef de gouvernement Craxi (il
s'enfuira en Tunisie et y mourra en 2000). Parallèlement la lutte contre
la mafia, dans le Sud, est menée par le juge palermitain Giovanni Falcone
(assassiné avec son épouse et ses gardes du corps en 1992). Ces années
auront également connu une recomposition du paysage politique : à gauche,
avec l'effacement du Parti communiste, renommé PDS (Parti démocratique de
gauche), qui conserve des positions dans ses bastions traditionnels
d'Emile-Romagne, de Toscane et d'Ombrie, mais ne joue plus qu'un rôle
mineur à l'échelle nationale; à droite, avec l'apparition et la victoire
en 1994 d'une coalition dirigée par le milliardaire, et ancien ami de
Craxi, Silvio Berlusconi, dont le parti Forza Italia s'est allié à la
Ligue du Nord, parti nationaliste lombard, et à l'Alliance nationale, un
parti néo-fasciste. Ce premier gouvernement Berlusconi tombe après un an
d'exercice. Un gouvernement de technocrates dirigé par Lamberto Dini lui
succède, lui aussi pendant un an et sera suivi par ceux, de centre gauche,
de Romano Prodi (1996-1997), de Massimo D'Alema (1997-2000) et de Giuliano
Amato, qui l'année suivante perd les élections au profit d'une nouvelle
coalition dirigée par Berlusconi. Celle-ci tiendra jusqu'en avril 2006,
date à laquelle une coalition de gauche, conduite par Romano Prodi, a
remporté de justesse les élections.
